Dépeindre l’innocence… ou tenter de le faire

« -. Dame Léonarde, je vous ai fait venir afin de me concerter avec vous sur les moyens de séduire cette farouche Isabelle. Que devient cette beauté revêche ? Est-elle toujours aussi entichée de son Sigognac ?Toujours. La jeunesse a de ces entêtements bizarres, qui ne s’expliquent point. Isabelle, d’ailleurs, ne semble point pétrie dans le limon ordinaire. Aucune tentation ne mord sur elle, et dans le Paradis Terrestre elle eût été femme à ne point écouter le serpent.Comment donc ce damné baron de Sigognac a-t-il pu se faire entendre de cette oreille si bien fermée aux propos des autres ? Allons, cherchez dans quelque tiroir secret de votre boîte à malice un vieux stratagème irrésistible , une fourberie triomphante, une machination à rouages compliqués qui me donne la victoire. Vous savez que l’or et l’argent ne me coûtent rien. Mais pourquoi, étant beau comme Adonis favori de Vénus, splendide en vos ajustements, riche, puissant à la Cour du Roy, ayant tout ce qui plaît aux femmes, ne faites-vous pas tout simplement la cour à Isabelle ?- Théophile Gautier (Le capitaine Fracasse)

La charmante Isabelle, belle et sage, farouche et par ailleurs amoureuse d’un autre soupirant, se montre rebelle à toute tentative de séduction, fut-ce par un duc. Tacher d’en faire le portrait suppose de se glisser dans la peau du personnage. Après quelques bonnes années d’expérience picturale, je n’ai nul besoin d’un modèle pour avoir, en tête et en main, les proportions d’un visage. Sur fond coloré, je trace, d’un coup de craie rapide, l’ovale, ou l’arrondi, de la tête, je complète la chevelure de quelques coups de pinceau, à peaufiner par la suite. Puis, car c’est le plus important, je m’attaque à l’oeil, ou plus exactement à l’expression du regard, qui donneront l’impression générale du tableau. Le reste n’est que remplissage, selon circonstances et autres modalités.

30x40cm « Isabelle », galerie Femmes, Femmes, Femmes

Mon conseil. – Pour dessiner sans modèle, il faut se faire confiance, y aller carrément, sans ratures ni surcharges. Il ne s’agit que de quelques traits au crayon ou à la craie, effaçables, à modifier en fonction de l’avancement de la toile. On place la composition, on respire un grand coup, et on OSE. La peinture adoucit les moeurs, et surtout les erreurs. – Toujours garder à l’esprit la finalité du personnage, puis ajouter quelques détails qui poseront sa personnalité. – Ne pas oublier que, même et surtout s’il s’agit d’un portrait fictif, on raconte une histoire… son histoire. Sinon, à quoi bon ? – Dis, Christine, pourquoi dessiner sans modèle ?Pour laisser parler l’imagination, l’authenticité, et ne pas figer le modèle… Tant pis-tant mieux pour les erreurs…

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