La mousson

 »-. Parfois l’averse ruisselait sans bruit, c’était un simple chuintement le long des terrasses et des tuiles de bouse, un paresseux goutte-à-goutte, un soupir de bruine. Parfois aussi le vent s’emballait, une ondée furibonde s’abattait sur le village. Dès qu’elle l’entendait grésiller sur les hauteurs des falaises, Devi croyait au bruit d’un moteur. Elle se levait, courait à la porte, déverrouillait le cadenas, guettait dans le noir. Ce n’était rien, rien que des ruisseaux de boue où le village, les champs, les racines se laissaient lentement dissoudre. Car c’était cela d’abord la saison des pluies, l’abandon, la faiblesse. Rien à faire contre le déluge, ses emportements, ses caprices. Rien d’autre que de se fondre dans le rang, se noyer dans cet égout où se perdait le monde.

Elle, Devi, c’était plus fort qu’elle, il fallait qu’elle résiste, elle veillait, elle était aux aguets, elle écoutait la nuit. Comme tous les gens du pays par temps de mousson, ses parents dormaient depuis longtemps, leurs enfants et leurs bêtes en grappe autour d’eux, livrés au sommeil comme au flot des averses, moites et hébétés, résignés d’avance au cloaque, à toutes les calamités tombées du ciel. » Irène Frain (Devi)

2 réflexions sur “La mousson

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