Les horreurs de la guerre

 »-. Micha avait ouvert une troisième bouteille de Château-Yquem et attendait debout que le précieux vin s’aère. Et puis il se mit à parler. D’une voix atone, il raconta l’horreur quotidienne d’une guerre qu’il ne comprenait plus, les séditions de plus en plus nombreuses au sein des garnisons et les massacres d’officiers qui s’ensuivaient presque inévitablement. Il raconta ensuite ce qu’il avait vécu, lui, sur le front Ouest, pendant qu’on enterrait Igor. –. Seize jours d’un combat inhumain soutenu par la deuxième division de tirailleurs… Seize jours d’un tonnerre infernal vomi par l’artillerie lourde des Allemands… J’ai vu mourir presque tous mes hommes. Nous ne ripostions pas, car nous n’avions rien pour riposter… Nos régiments, épuisés, affamés, repoussaient les attaques à coups de baïonnette… Deux régiments furent anéantis rien que par le 🔥-.

Des paroles désordonnées sortaient en rafales. Il était question d’Igor, tué par une balle perdue. D’une église de campagne que des soldats devenus enragés avait profanée dans l’indifférence générale. D’une horde d’enfants affamés et orphelins qui erraient aux abords d’une ville, et dont il ne pouvait oublier les regards hallucinés. De ses compagnons tués ou amputés dont il égrénait les noms. » Anne Wiazemsky (Une poignée de gens)

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