Les sabots de Madeleine

 »-. Madeleine ! Elle n’est plus au lavoir ! -. Ses sabots ? As-tu trouvé ses sabots ?-. Posés sur la margelle du puits, soigneusement rangés au bord de la rivière, les sabots des femmes ou le chapeau des hommes restaient comme une signature. Par un dernier message aux vivants, ils affirmaient le choix délibéré de la mort. Dans une ultime solidarité, ils indiquaient de ne point perdre son temps aux recherches. C’était en ce lieu qu’il convenait de sonder, de fouiller, dans cet endroit qu’on allait retrouver leur corps délivré des souffrances qui ne s’étaient pas exprimées.

On pleurait, on se lamentait. -. Si seulement il nous en avait causé, pourquoi n’a-t-elle jamais dit, la malheureuse ?-. Le plus souvent, le curé ou le pasteur fermaient les yeux, feignaient de consentir à l’accident, un tournement de tête, une faiblesse. Il n’était que les pendus à refuser d’avance l’ambiguïté du sacrement, c’étaient toujours les hommes qui se pendaient. -. Si j’ai trouvé ses sabots ? Qu’oses-tu songer ? Non, non, pas de sabots. Tout son linge bien arrangé dans la brouette, le garde-genoux par-dessus, le savon, le battoir. La brouette sur le chemin, tournée, prête à revenir. Et personne, j’ai cherché longtemps-. » Michelle Clément-Mainard (La foire aux mules)

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