Mille et une peines d’hiver

 »-. C’est sur la fin d’une journée de ce terrible hiver de 1870, frappé d’un triple malheur, l’invasion, la famine et le froid, qui enfantent à leur tour cent et mille autres peines. Ses grands doigts de glace profondément enfoncés dans la terre, le froid se cramponne dans la Sologne et s’attarde à pondre son frimas sur l’échine du pauvre monde. Visible en buées au contact des bouches, il ballotte son grand corps fluide au gré des vents mordants. Sa souveraineté sur les mois d’hiver a des exigences cruelles. Il se roule. Se prélasse sur tout. Dans les bois, ses jeux font naître les douleurs sourdes des grands arbres aux branches déjà blessées par la foudre des jours d’été, et brisées par les colères des vents d’automne. Les jeunes sapins à la chair tendre éclatent a grands coups secs. L’homme entend cette annonce de ruine et blêmit, impuissant.

Chez les pauvres gens, cet hiver a déjà achevé bien des vieillards, et repris les quelques jours de vie à bien des nouveaux nés. Les fossoyeurs doivent appuyer de toutes leurs forces sur les membres raidis, pour les coucher dans le cercueil de sapin au parfum de printemps. La terre prend un peu de repos entre ses deux peines d’automne et de printemps, avant que la charrue ne vienne déchirer en longues et fines lanières son ventre à nouveau.  » Claude Seignolle (Marie la Louve)

3 réflexions sur “Mille et une peines d’hiver

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