Le vieux fauteuil

 »-. Quarante francs, le fauteuil. -. Mon oeil ! -. Trente-deux. -. Cinq, si tu me paies un tour au zinc !-. Sept !Eh, patron ! Il est râpé sur les accoudoirs, j’en veux pas !-. Mille souvenirs charmants étaient liés à ce fauteuil, souvenirs de lectures douillettes, de causeries paresseuses, de chagrins, terrés aux capitons de son dossier de velours jaune. Il avait une personnalité bien définie. Il était une partie de mon passé. Je souffrais de le voir dévisagé, dévalué, marchandé avec un pareil sans-gêne.

30x40cm « Le petit fauteuil jaune de Christine« , galerie La meilleure façon d’habiter

Il me semblait que son emplacement par rapport aux autres meubles et ses menues infirmités ne pouvaient rien laisser ignorer de notre existence. Oui, ces inconnus pénétraient par lui dans notre vie, découvraient notre intimité, violaient le secret de mille habitudes délicieuses. Notre détresse leur était donnée en spectacle. Et ils ne nous plaignaient pas. Ils jouissaient de notre égarement et de notre honte. Ils prolongeaient commodément le plaisir. Une rage sournoise me serra la gorge, je cherchai mon père des yeux. Je l’aperçus blafard, décoiffé, sueur au visage, avec son exécrable sourire de commis voyageur et son regard sirupeux. » Henri Troyat (Faux jour)

4 réflexions sur “Le vieux fauteuil

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