Mon modèle, ma muse

 »-. Il la pria de poser pour lui, elle s’était assise dans le même fauteuil où elle s’asseyait jeune mariée, avec des fleurs à son corsage. Et lui, tout courbé, tout tremblant, avança le même chevalet qui lui avait servi, autrefois, à la peindre. Et, sur le chevalet, il posa une grande toile blanche. Et il lava bien ses pinceaux. Et il écrasa de fraîches couleurs sur sa palette ovale. Soudain, il craignit que ses doigts que ses yeux fatigués ne le trahissent. Une fine lumière d’automne entrait dans l’atelier poussiéreux. -. Lucienne, à la grâce de Dieu !-

Il éleva le fusain dans ses doigts déformés. Mais, à peine eut-il effleuré la toile, que le fusain glissa dessus avec assurance. Jamais il n’avait eu cette fermeté dans l’attaque. Et cette figure n’était pas celle d’une petite vieille mélancolique et banale. Haletant, éperdu, extasié, il voyait naître à ses yeux l’effigie d’une enfant infiniment belle. L’âme de Lucienne empruntait les traits de la jeune femme qu’il avait épousée cinquante cinq ans plus tôt. C’était elle qu’il recréait par miracle à coups de fusain et de gomme. C’était elle qui remontait vers lui à travers les rides et les bouffisures du temps. À travers le jeu des lumières et des ombres, Lucienne s’imposait avec son sourire d’autrefois. Lucienne à vingt ans, rose, souple, joueuse...’‘ Henri Troyat (Les ailes du 😈)

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