La longue marche

 »-. Il marchait, et la route se dévidait sous ses pieds comme une étoffe tirée à l’aune. Les 🌲, les villages, les villes venaient à lui. Et il les dépassait à lentes enjambées indifférentes. Ses semelles s’usaient aux cailloux des chemins, ses vêtements aux ronces des taillis, son visage au froid des aubes aigrelettes. Il dormait peu, mangeait mal, et fuyait à l’approche des hommes. Un jour, il arriva à une mer d’un bleu dense, et, sur le rivage, se balançaient des palmiers indolents, et il y avait des fruits d’or dans les 🌲. Le lendemain, ses pieds crissaient dans une neige épaisse, et une bise aiguisée secouait autour de lui des buissons aux aigrettes de sel. Et le surlendemain, il gravissait une montagne aux roches rouges, entourée d’aigles planeurs, et tout en bas, la vallée était verte, serrée, comme prête à faire gicler blés pépins jaunes de ses 🏡, les veines bleues de ses rivières, la chair faisandée de ses labours.

30x30cm « La Grande Marche »

Et le quatrième jour, il cheminait ployé en deux dans le poudroiement glorieux d’un désert. Et, de place en place, il y avait des carcasses de 🐫, qui tendaient vers le ciel les tenailles ouvertes et blanches de leurs côtes. Et, le cinquième jour, une forêt tropicale ouvrait à son avance ses entrailles d’arbres difformes, de fougères vénéneuses et de marais vivants. Et il comprit que l’espace n’existait pas pour lui. Et il poursuivit sa marche à travers un monde moins rapide que lui.’‘ Henri Troyat (Les ailes du 😈)

2 réflexions sur “La longue marche

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s