Triste fantôme

 ». Trois mois après sa mort, Ferdinand Pastre n’était plus qu’un pauvre 👻 languide, dont les autres fantômes fuyaient la présence parce qu’ils le trouvaient d’un commerce attristant. -. Tu t’y feras comme je m’y suis fait.-. Non, non, je ne supporterai pas ça… J’en mourrai-. Mais il s’aperçut aussitôt qu’il n’avait même plus la possibilité de mourir, et cette pensée haussa son désespoir jusqu’à la démence.

Aucune consolation ne lui venait de sa nouvelle vie. L’au-delà, il s’en rendait compte avec horreur, était une carricature hideuse de l’en-deça. Les morts étaient animés des mêmes passions mesquines qui les avaient tourmentés sur terre. Les généraux s’indignaient de leur mise à la retraite et voulaient des guerres fraîches. Les ministres se jalousaient, parlaient de préséance et faisaient des discours en plein vent. Les commerçants vendaient de l’air et calculaient des bénéfices illusoires. Les femmes légères critiquaient les épouses honnêtes, et les épouses honnêtes enviaient les femmes légères tout en les traitant de catins. Tous, tous du premier au dernier, du plus riche au plus pauvre, du plus jeune au plus vieux, se cramponnaient à leurs souvenirs. Et, comme Ils n’avaient pas de corps, leur laideur morale était plus apparente. » Henri Troyat (Les ailes du 😈)

2 réflexions sur “Triste fantôme

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