La matrice du monde

 »-. Il pleuvait toujours. Dès que nous pénétrâmes dans la forêt, je devins complètement aveugle et je dus me cramponner à l’épaule de l’indigène invisible qui me précédait. Le terrain était effroyable, creusé de fondrières argileuses, obstrué de réseaux inextricables de ronces, barré d’éboulis spongieux. Une aube fantomatique se leva plus désespérante encore que d’habitude.

Les moustiques devinrent alors parfaitement insupportables. J’avais le visage si enflé de piqûres que j’avais du mal à ouvrir les yeux. Nous étions dans la savane marécageuse de la plaine des Éléphants, couverte d’une inexorable forêt vierge, passionnante pour un botaniste par la richesse du paysage, mais inhumaine même pour un indigène. La matrice du monde. Un fouillis de lianes juteuses de sève, de feuilles baveuses, d’écorces gluantes, de tentacules caoutchouteux hérissés d’épines. Un air chaud et fiévreux, verdâtre, saturé d’odeurs qui soulèvent le cœur, croupissent comme une eau morte sous la chape des grands 🌲 pétrifiés. Des insectes, hostiles, cuirassés, reluisant, craquants. Des colonnes de 🐜 rouges agressives. Des sangsues, aveugles et sourdes, qui aspirent lentement à elles des flots de sang chaud. » Pierre Schoendoerffer ( L’adieu au roi)

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