Christine, raconte-moi le goulag…

 »-. J’ai été arrêté à cause de ma naïveté. Je n’ignorais pas qu’il était interdit de révéler des secrets militaires dans des lettres envoyées depuis le front. Mais je croyais qu’il était permis de penser. J’avais écrit à un de mes amis des lettres dans lesquelles, entre autres choses, je lui disais e que je pensais de Staline, sans d’ailleurs jamais le nommer. Depuis longtemps, je le jugeais critiquable. D’après moi, il avait trahi la ligne léniniste, il était responsable des désastres de la première période de la guerre, il parlait une langue pleine de fautes de grammaire. Naïvement, j’écrivais tout cela dans mes lettres. J’ai été incarcéré à la prison de Lubjanska. Après l’instruction, j’ai été condamné à huit ans, par décision spéciale et sans procès. Je ne me suis jamais considéré comme un innocent condamné à tort, puisque j’avais effectivement exprimé des idées interdites à cette époque. Je n’aurais pas survécu au bagne. Si les mathématiques ne m’avaient pas sauvé. Je ne savais pas travailler de mes ✋, et j’étais incapable de me livrer à quelque compromis contraire à mes convictions.’‘ Alexandre Soljenitsyne, lors d’un interview datant de 1967.

Voilà un texte qui tombe à pic. Parce qu’il me permet de réfléchir sur l’engagement en peinture, ou plus exactement sur ma façon d’envisager sujets et thèmes. Prise, par épisodes, de crises  »mystiques » qui m’écartent allègrement des bouquets de fleurs à la fois récréatifs et alimentaires, et autres ⛵ ou gentils paysages, se profile dans mon horizon pictural une ligne de miradors. Car, qui mieux que des miradors, dans notre imagerie collective, en appelle à la privation de liberté et à l’arbitraire. À la peur, au froid, au désespoir, à la faim, à la mort… Le tracé de ce paysage sinistre est vite réglé, quelques traits jetés à la hâte sur un fond encore humide. Restent à peaufiner les détails qui donneront l’ambiance.

50x60cm « Goulag« , galerie Chaos -Du haut des miradors, attention ! Les fenêtres, telles des yeux, vous épient, vous observent, vous scrutent. Ici, c’est le domaine de l’arbitraire, de l’interdit de penser, de l’interdit de rêver, de l’interdit de vivre-

Mon conseil. -. Il faut savoir, même si l’on est féru de couleurs, les oublier pour se fondre dans le thème. Lequel, en l’occurrence, narre une histoire triste et même dramatique. Le gris s’y invite donc, et ne se pare guère que de blanc, pour évoquer la neige sibérienne, et du noir dont on décrit tous les chagrins. -. J’aime PEINDRE en musique. J’ai fait appel, pour ce tableau spécifiquement triste, au compositeur russe Tchaïkovski, l’âme tourmentée dudit Piotr Ilitch m’a portée tout au long de mon exécution. -. J’ai exécuté ce travail très vite. Presque trop vite, de peur que se perdent mon ressenti et mes impressions. -. Il paraît que mes miradors ressemblent à des pylônes. Et après, qui a envie de vérifier  »in situ » ? -. Dis, Christine, il est terminé, ton tableau ? -. Bien sûr, que dire de moins, que dire de plus…-

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