La route des reblochons

 »-. Maurice avait préféré la route au rail. Ce garçon a toujours eu des goûts précis. L’affaire fut rondement menée. Un ami de son patron. La voiture, mais pas d’essence. Maurice fonce chez lui, s’il y a une place pour lui, il fournira l’essence, dont il n’a pas la première goutte. Il descend à la cave, trouve une bouteille de vieux cognac, en remplit dix-neuf autres de thé léger pour obtenir la couleur. Et fait goûter la bonne bouteille au premier sergent venu contre cinq jerrycans d’essence, c’est suffisant pour le trajet vers Paris.

47x57cm « La toto qui courait la campagne« 

Maurice rassemble ses affaires, arrive chez son patron la ✋ tendue dans le double but de lui dire adieu et de ramasser son salaire. En pure perte. Ici se place l’histoire des reblochons, à Paris c’est la famine ou presque, et le reblochon c’est un lingot d’or. –Si vous voulez, j’emmène des reblochons, je les vends là-bas et je vous renvoie l’💰-. Pas la peine d’en dire plus, le patron a compris, il est bien un peu méfiant mais c’est un coup à tenter. -. D’accord pour les reblochons-. Et voilà comment, avec vingt bouteilles vides, deux boîtes de thé et une de cognac, Maurice Joffo regagne la capitale, somptueusement installé à l’arrière d’une traction légèrement cahotante, la tête reposant sur un oreiller de reblochons qu’il revendit dans la semaine et dont le légitime propriétaire n’entendit plus jamais parler. Ce qui ne fut que justice. » Joseph Joffo (Un sac de billes)

2 réflexions sur “La route des reblochons

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