Les laissés-pour-compte

 »-. Dans les provinces du nord, les faillites avaient plongé dans la misère des milliers de travailleurs. Les faméliques cohortes de chômeurs, traînant leurs femmes, leurs mioches et leurs vieux, sillonnant les routes en quête de travail, avaient fini par se rapprocher de la capitale et par former progressivement une couronne de débine à sa périphérie, s’installant à la va-comme-je-te-pousse entre deux planches et des morceaux de carton, abandonnés à leur sort parmi les champs d’ordures.

50x60cm « Les quartiers nord« , galerie La meilleure façon d’habiter

Ils erraient dans les rues, quémandant un petit boulot, mais il n’y avait pas de travail pour tous et, peu à peu, ces rudes ouvriers efflanqués par la faim, ratatinés par le froid, loqueteux et accablés, cessèrent de demander du travail pour se borner à demander la charité. Il n’y eut plus que des mendiants. Puis des voleurs. On n’avait jamais connu de gelées aussi terribles que celles de cette année-là. Il neigea sur la capitale, spectacle inusité qui fit un moment la une des journaux, où on le célébrait comme une nouvelle réjouissante. Cependant que dans les bidonvilles de banlieue l’aube découvrait des enfants bleuis et raidis par le gel. La charité non plus ne suffisait pas, face à tant de laissés-pour-compte. » Isabel Allende (La 🏡 des esprits)

3 réflexions sur “Les laissés-pour-compte

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