Le bal populaire

 »-. Dans ce débarcadère de banlieue, une foule énorme bouillonnait et, sous les sifflets stridents des flûtes, sous le roulement continu de la grosse caisse, des commis d’administration, des infirmiers, des secrétaires d’état-major et de recrutement, toute une armée d’épaulettes à franges blanches s’agitait, jetant des bras bleus au ciel, lançant sur le plancher des jambes rouges. Ceux-ci tête nue, le 💀 ras et trempé de sueur, simulaient les branches des ciseaux qu’on ouvre et qu’on referme. Ceux-là, le képi écrasé sur la nuque, se déhanchaient en tenant avec deux doigts, ainsi que des danseuses qui pincent leurs jupes, les basques de leur capote.

40x50cm « La guiguette au bord de l’eau »

Les femmes étaient, pour la plupart, moins lancées et plus calmes. Presque toutes sautaient convenablement, exhibant des tournures de mijaurées, sortant, en même temps que leur 👗 de fête, une distinction endimanchée que maintenait la présence des parents assis sur des bancs de bois, contre le mur. Quelques-unes, bien mises, parées de prétentieux bijoux, avaient conservé leur ancienne élégance. Elles étalaient de longs gants à huit boutons, achetés quinze sous. Deux d’entre elles, serrées dans des costumes de cachemire d’Inde, d’un noir mat, avec collier de jais pleuvant en gouttes brillantes autour du cou, se dandinaient au bras de solides gaillards au teint de viande crue, aux voyants foulards attachés par des nœuds sur des gilets de tricot à manches. » Joris-Karl Huysmans ( Croquis)

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