Dans la foule

 »-. Quand le soir vient, je monte du côté de Belleville, à l’angle de la rue de Belleville et de la rue déserte, blème et tordue, dans laquelle se trouve La Bellevilloise-. Je connais un petit restaurant où je prends mon repas du soir. Je vais à pied. Je me sens tout dépaysé par la dureté du trottoir et le balancement des hanches qu’il faut avoir pour éviter ceux qui vous frôlent. Je marche vite et je dépasse les gens qui vont dans ma direction, mais quand je les ai dépassés, je ne sais plus que faire. Car c’est exactement la même foule, la même gêne, les mêmes gens à toujours dépasser sans jamais trouver devant moi d’espaces libres. Alors, je romps mon pas, et je reste nonchalant, dans la foule.

60x60cm « Le peuple des brumes« , galerie Chemins de spiritualité

Mais ce qui en vient d’elle à moi n’est pas sympathique. Je suis en présence d’une anonyme création des forces déséquilibrées de l’homme. Cette foule n’est emportée par rien d’unanime. Elle est un conglomérat de mille soucis, de peines, de joies, de fatigues, de désirs extrêmement personnels. Ce n’est pas un corps organisé, c’est un entassement. Elle est comme une solitude. Mais elle est une solitude qui ne vous appartient pas, inféconde. Une solitude qui est séparation et non pas union du meilleur de l’esprit à travers les distances, une solitude qui n’est pas harmonie et divin concert, mais le silence total de l’âme par étouffement.’‘ Jean Giono (Les vraies richesses)

2 réflexions sur “Dans la foule

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