En rangs par cinq !

 ». En avant du portail, à droite comme à gauche de l’enclos, deux hommes de garde se mettent en place, ils ouvrent lentement le portail, haut comme trois fois un homme, et on entend le commandement. –. En rangs par cinq !-. C’est là, à l’appel du soir, que les détenus sont le plus battus par le vent, gelés, affamés de toute la journée. Et pour eux la louche de soupe aux légumes, brûlante, du soir, c’est comme la pluie dans le désert. Ils l’avalent d’une goulée. Pour eux, cette louche est plus précieuse que la liberté, plus précieuse que toute leur vie passée et que toute leur vie à venir.

50x60cm « Goulag », galerie Chaos

Quand ils franchissent les portes du Camp à leur retour, les détenus sont comme des guerriers rentrant d’une campagne. Ils donnent de la voix, ont la démarche ferme, le geste large. -. Écartez-vous tous, c’est nous-. L’embusqué de la baraque de l’état-major, à regarder le flot des détenus qui rentrent, a une peur bleue. C’est après cet appel que, pour la première fois depuis le signal du rassemblement, à six heures et demie du matin, le détenu redevient un homme libre. On franchit le grand portail de la zone, on franchit le petit portail de la zone d’enceinte, on parcourt encore la place entre les deux haies et, enfin, on s’en va chacun de son côté. » Alexandre Soljenitsyne (Une journée d’Ivan Denissovitch)

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