Le bouge pour soldats

 »-. Avant la guerre de 1914-18, il existait, même à Paris, de véritables bouges. On pouvait visiter, près du boulevard de Grenelle, un bordel d’apparence si cocasse, et si inquiétante, qu’il était difficile d’y pénétrer sous une autre influence que celle de l’alcool. À la porte de cette masure affreuse une vieille femme racolait. L’intérieur tenait d’un paysage de cauchemar. Les murs de la pièce principale étaient nus et blanchis à la chaux. De mauvaises banquettes en velours rouge pelé et poisseux en garnissaient le pourtour. L’ameublement consistait en une douzaine de tables branlantes, couvertes d’inscriptions gravées au 🗡️.

30x40cm  »Critères de beauté », galerie Femmes, Femmes, Femmes

Les clients entraient là par bandes, subitement dessoulés, ce qui durcissait leur visage. Tous, instinctivement, portaient la ✋ à la poignée du sabre ou de la baïonnette. Avant qu’ils aient le temps de s’asseoir, une sorte de gnome, sans sexe ni âge, apparaissait en soulevant une tenture. Un étrange musique se faisait entendre, celle que la misérable créature produisait en tournant la manivelle d’un orgue de Barbarie, lamentable et poussif. Alors, dans le plafond une trappe s’ouvrait, et, par une échelle qui, à elle seule, occupait tout un angle de la pièce, on apercevait d’abord des pieds, puis de vieux mollets nus, le reste, une courte chemise d’étoffe rose, et la tête hideuse d’une putain anthropoïde. » Pierre Mac Orlan (🌃 au bouge)

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