Delirium tremens

 »-. Ce jour-là, à Sainte-Anne, le corridor tremblait des gueulements et des coups de talon de Coupeau. Quand elle entra, ça croissait et ça embellissait. Coupeau était fou furieux, un échappé de Charenton ! Il se démenait au milieu de la cellule, envoyant les ✋ partout, sur lui, sur les murs, par terre, culbutant, tapant dans le vide. Et il voulait ouvrir la fenêtre, et il se cachait, et il se défendait, appelait, répondait, tout seul pour faire ce sabbat, de l’air exaspéré d’un homme cauchemardé par une flopée de monde.

40x40cm « Les Djins »

Puis, Gervaise comprit qu’il s’imaginait être sur un toit, en train de poser des plaques de zinc. Il faisait le soufflet avec sa bouche, il remuait des fers dans le réchaud, se mettait à genoux, pour passer les pouces sur le bord du paillasson, en croyant qu’il le soudait. Oui, son métier lui revenait, au moment de crever. Et s’il gueulait si fort, s’il se crochait sur son toit, c’était que des affreux l’empêchaient d’exécuter proprement son travail. Sur tous les toits voisins, il y avait de la fripouille qui le mécanisait. Avec ça, ces blagueurs lui lâchaient des bandes de rats dans les jambes. Ah ! Les sales bêtes, il les voyait toujours ! Il avait beau les écraser, en frottant son pied sur le sol de toutes ses forces, il en passait de nouvelles ribambelles, le toit en était noir. Est-ce qu’il n’y avait pas des araignées, aussi ! » Emile Zola (L’Assommoir)

3 réflexions sur “Delirium tremens

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