La crasse

 »-. Naturellement, à mesure que la paresse et la misère entraient, la malpropreté entrait aussi. On n’aurait pas reconnu cette belle boutique bleue, couleur du ciel, qui était jadis l’orgueil de Gervaise. Les boiseries et les carreaux de la vitrine, qu’on oubliait de laver, restaient du haut en bas éclaboussées par la crotte des voitures. Sur les planches, à la tringle de laiton, s’étalaient trois guenilles grises, laissées par des clientes mortes à l’hôpital. Et c’était plus minable encore à l’intérieur. L’humidité des linges séchant au plafond avait décollé le papier, la perse pompadour étalait des lambeaux qui pendaient pareils à des toiles d’araignée lourdes de poussière. La mécanique, trouée, cassée, mettait dans son coin les débris de vieille fonte d’un marchand de bric-à-brac.

Avec ça, une odeur d’amidon aigre, une puanteur faite de moisi, de graillon et de crasse. Mais Gervaise se trouvait très bien là-dedans. Elle n’avait pas vu la boutique se salir, elle s’y abandonnait et s’habituait au papier déchiré, aux boiseries graisseuses, comme elle en arrivait à porter des jupes fendues et à ne plus se laver derrière les oreilles. Même la saleté était un nid chaud où elle jouissait de croupir. Laisser les choses à la débandade, attendre que la poussière bouchât les trous et mît un velours partout, sentir la 🏠 s’alourdir autour de soi dans un engourdissement de fainéantise, cela était une vraie volupté dont elle se grisait. Sa tranquillité d’abord, le reste elle s’en battait l’oeil. » Emile Zola (L’Assommoir)

30x70cm  »De dos, avec un chignon’‘, galerie Femmes, Femmes, Femmes

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