Le géant orgueilleux

 »-. À mesure que l’arbre s’illuminait, je constatais avec ravissement que rien, dans ce géant orgueilleux et paré, ne rappelait le vulgaire sapin que j’avais vu couché contre le mur du fleuriste. On avait emmitouflé le pot de grès dans un linge blanc saupoudré de mica et disposé des flocons d’ouate sur les rameaux. Des chaînes de papier doré descendaient du faîte et balayaient le parquet luisant. Des bonshommes Noël aux houppelandes fourrées passaient leur barbe de coton à travers les aiguilles pâles.

Et depuis le tronc velu jusqu’à l’extrême pointe des branches qu’elle faisait ployer, une nombreuse floraison de pommes, d’oranges, de noix argentées ou vermillonnées, d’angelots joufflus, de boules ventrues, côtelées ou squameuses, de stalactites laiteux et d’astres vitrifiés aux longues queues de crin jaune recueillait et décuplait la tremblante lumière des 🕯️. Cet accoutrement barbare et somptueux jurait si bien avec les meubles sobres de la pièce que je me crus un instant à la frontière de deux mondes. L’un, familier jusqu’à l’écoeurement, où les convenances me tenaient prisonnier. Et l’autre, plein de festoiements et de miracles, vers quoi je brûlais de m’enfuir. Comme je demeurais stupide d’émerveillement, ma mère dit. -. Guillaume, éteins la dernière 🕯️, près de l’étoile, elle va mettre le 🔥 aux chaînes !-  » Henri Troyat ( Faux jour)

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