Parlez-moi d’amour

 »-. Le grand amour, l’amour-passion, le coup de foudre qui dure toujours est, avec la gloire éternelle et la quête d’un bonheur à l’abri des vicissitudes, un des mythes les plus forts, les plus consolants et, peut-être, hélas ! les plus trompeurs de l’Occident moderne. Je ne crois pas que les temps reculés et les autres civilisations l’aient cultivé autant que nous. Nous savons désormais que l’amour tel que nous le présentent nos romans, nos films, nos magazines, est une invention du moyen-âge chrétien. L’Antiquité nous propose bien l’image de Philémon et Baucis. Mais c’est une exception, une bizarrerie de l’histoire. Le grand amour commence avec Tristan et Iseut, avec Roméo et Juliette.

Tout de suite éclatent deux caractéristiques fondamentales de cet amour-passion en Occident, il est partagé et traversé. L’amour, selon une définition célèbre, c’est ce qui se passe entre deux êtres qui s’aiment. Il n’est pas question de rapt, de domination, d’atteinte à la liberté. Tristan aime Iseut et Iseut aime Tristan, Roméo aime Juliette et Juliette aime Roméo. Tout va bien. Tout va mal. La société, l’histoire, la vie quotidienne s’opposent à l’accomplissement de l’amour. Il y a toujours quelque part un roi Marc, des Montaigu, des Capulet, toute la lignée inépuisable des Don Diègue et des père Duval pour se mettre en travers du bonheur des amants. Cet obstacle est une composante obligatoire du grand amour. Il n’y a pas d’amour heureux, de grand amour heureux, en tout cas. » Jean d’Ormesson (Saveur du temps)

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