La visite du Louvre

 »-. Puis, la noce se lança dans la longue galerie où sont les écoles italiennes et flamandes. Encore des tableaux, toujours des tableaux, des saints, des hommes et des femmes avec des figures qu’on ne comprenait pas, des paysages tout noirs, des bêtes devenues jaunes, une débandade de gens et de choses dont le violent tapage de couleurs commençaient à leur causer un gros mal de tête. Monsieur Madinier ne parlait plus, menait lentement le cortège, qui le suivait en ordre, tous les cous tordus et les yeux en l’air.

Des siècles d’art passaient devant leur ignorance ahurie, la sécheresse fine des primitifs, les splendeurs des Vénitiens, la vie grasse et belle de lumière des Hollandais. Mais ce qui les intéressait le plus, c’étaient encore les copistes, avec leurs chevalets installés parmi le monde, peignant sans gêne. Une vieille dame, montée sur une grande échelle, promenant un pinceau à badigeon dans le ciel tendre d’une immense toile, les frappa d’une façon particulière.

Peu à peu, le bruit avait dû se répandre qu’une noce visitait le Louvre. Des peintres accouraient, la bouche fendue d’un rire. Des curieux s’asseyaient à l’avance sur les banquettes, pour assister commodément au défilé. Tandis que les gardiens, les lèvres pincées, retenaient des mots d’esprit. Et la noce, déjà lasse, perdant de son respect, traînait ses souliers à clous, tapait ses talons sur les parquets sonores, avec le piétinement d’un troupeau débandé, lâché au milieu de la propreté nue et recueillie des salles. » Emile Zola (L’Assommoir)

L’arbre de Noël de Christine

Mon conseil. -. Vous souriez, vous amusez à la lecture de ce spectacle décalé de manants en visite dans un temple de la culture ? Peut-être même, vous ricanez, la conscience tranquille. Car, façon Émile, cette scène date du dix-neuvième siècle, et Zola y décrit une population quasiment analphabète. Pourtant, en y réfléchissant bien, la culture n’est-elle pas actuellement en grand danger? -. Il s’agit aussi et surtout de ne pas se prendre au sérieux, même si le sujet est grave. J’ai, façon Christine, accroché virtuellement, fort heureusement le temps de cette chronique seulement… quelques-uns de mes tableaux sur les cimaises du musée du Louvre… Car, en exposition, en sous-sol ou dans son salon, en extérieur ou sur une structure de🌲 de Noël, on n’est jamais si bien servi, et moqué, que par soi-même !

4 réflexions sur “La visite du Louvre

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