La chaîne

 »-. Une femme en noir promène un garçonnet chétif et triste sur les quais d’un port, bordés de sombres 🏢 d’où s’échappent des fumées noires aux senteurs de goudron. Le tumulte et les bruits métalliques des ateliers de carénage et des chantiers de l’arsenal de la Marine nationale composent une symphonie puissante, le chant des hommes au travail. Un fleuve s’écoule lentement vers la mer, soumis à l’alternance des marées. De lourds vaisseaux de ligne sont ancrés au mouillage ou amarrés à quai, voiles carguées.

Le femme et le garçonnet dépassent la ville, poursuivent leur promenade sur les barges ombragées de la Charente. Le long du fleuve, un chemin de halage a été aménagé. Une frégate remonte. Une triple chaîne de forçats hale lentement le navire, cinquante échines arc-boutées sur les larges bricoles de cuir. Ployant sous l’effort, les hommes font cliqueter les fers qui les enchaînent les uns aux autres. La femme en noir scrute les visages amaigris des forçats. Ils ont des barbes broussailleuses, leurs regards fiévreux ou résignés luisent sous le bonnet rouge de l’infamie. Ils ont échancré la lourde casaque de drap rouge qui recouvre leur torse en transpiration. Ils passent lentement, sans détourner la tête. Mais la femme en noir a crié . -. François ! François ! J’ai amené René pour que tu le connaisses-. Au petit garçon, elle dit simplement. -. C’est ton père-. ‘‘ Roger Frison-Roche (L’esclave de Dieu)

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