Urbanisme

 »-. Un jour d’entre les deux guerres, sur le plan de Paris, le ✏️ d’un urbaniste a impitoyablement rayé le quartier Saint-Merri. Ensuite, dans sa chair de pierre parcheminée, la pioche a équarri de vénérables bâtisses poussives. Maintenant, sur la gencive du vieux Paris, il n’y a plus qu’un trou béant. Marris sont les poètes, les artistes et les coupe-jarrets. Heureux sont les gosses qui peuvent enfin courir à perdre haleine sur ces marelles laissées par le tracé des rues d’autrefois, sur lesquelles s’égouttèrent plus de quinze siècles de linges sales, d’urine et de sang.

50x60cm  »Girardelli square », galerie La meilleure façon d’habiter

À présent, c’est le rendez-vous et le dortoir des camions routiers venus des quatre coins de France. Le passé n’est déjà plus que racontars. Lorsque la plaie sera définitivement cautérisée, et qu’il n’y aura plus de témoins gênants, le temps glissera le souvenir de toute cette lèpre sous le bonnet à grandes oreilles de l’oubli. Là-bas, sur la Seine, de longs coups de sirène ouvrent le passage à un remorqueur hésitant dans la brume. Étranges plaintes pour cet étrange quartier éventré. Mais quel puissant rappel d’un goût de sel et d’anis qui, en se posant sur mes lèvres, trouble mon imagination. Pour rejoindre le monde des humains, l’entrée la plus sordide s’offre à moi, la rue de Venise, qui se devrait d’être évocation de canaux, gondoles, palais, lumière et musique. Mais ici, ce n’est même pas une ruelle, tout juste un drain nauséeux par lequel se vide la rue Quincampoix, depuis longtemps gâteuse. » Claude Seignolle (Histoires vénéneuses)

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