À l’aventure, rue de la Chaussée d’Antin

 »-. Elle se sentait vieillir cependant. Elle vieillissait sans avoir rien connu de la vie, sinon ces occupations régulières, odieusement monotones et banales, qui constituent, dit-on, le bonheur du foyer. Elle était jolie encore, conservée dans cette existence tranquille comme un fruit d’hiver dans une armoire close. Mais rongée, ravagée, bouleversée d’ardeurs secrètes. Elle se demandait si elle mourrait sans avoir connu toutes ces ivresses damnantes, sans s’être jetée une fois, une seule fois, toute entière, dans ce flot de voluptés. Un jour, comme elle descendait la rue de la Chaussée-d’Antin…

30x70cm  »De dos, avec un chignon », galerie Femmes, Femmes, Femmes

… Elle se rapprocha doucement, rougissante comme une vierge. -. J’ai voulu connaître… le… le… vice. Eh bien… eh bien, ce n’est pas drôle-. Elle se sauva, descendit l’escalier, se jeta dans la rue. L’armée des balayeurs balayait. Ils balayaient les trottoirs, les pavés, poussant toutes les ordures au ruisseau. Et il lui semblait qu’en elle aussi on venait de balayer quelque chose, de pousser au ruisseau, à l’égout, ses rêves surexcités. Elle rentra, essoufflée, glacée, gardant seulement dans sa tête ce mouvement de balais nettoyant Paris au matin. Et, dès qu’elle fût dans sa chambre, elle sanglota.’‘ Guy de Maupassant (Une aventure parisienne)

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