La mort du lieutenant Katumbi

 »-. Le lieutenant Katumbi est mort ce soir-. Il devinait parfaitement comment avait pu être respectée la date prévue du décès. Derrière tout magicien se cache un toxicologue. Ce qu’il ne comprenait pas, c’est la résignation d’un homme volontaire et intelligent à accepter son sort et la soumission sociale et culturelle de ceux qui l’entouraient. Au nom de quelle force mystérieuse ? Sous l’emprise de quelle monstruosité psychique ? Il savait déjà que ce continent était la terre des dieux et des présences invisibles. Que la terre, au nom de l’équilibre et de la force vitale exigeait des sacrifices sanglants. On lui avait dit, il l’avait lu, aujourd’hui il le vivait. Derrière les slogans du progrès et les immeubles modernes de la capitale subsistait, comme dans les coins les plus reculés de la brousse, l’Afrique éternelle des sorciers mangeurs d’âmes et des fétiches arrosés de sang.

On enterra donc Katumbi le cinq septembre comme prévu. Il y eut des pleurs, des hurlements et des rires. Aucune autopsie n’avait été pratiquée. Elle eut d’ailleurs été inutile et déplacée. On n’autopsie pas le cadavre d’un homme décédé de mort naturelle. À la dernière absoute, Destrieux arrêta d’un geste les gémissements des pleureuses et commanda les honneurs militaires. À l’issue, le cercueil fut descendu au fond du trou. » Rémy Frétille (Noir Ivoire)

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