Chez Madame Verdurin

 »-. Madame Verdurin était assise sur un haut siège suédois en sapin ciré, qu’un violoniste de ce pays lui avait donné et qu’elle conservait, quoiqu’il rappelât la forme d’un escabeau, et jurât avec les beaux meubles anciens qu’elle avait. Mais elle tenait à garder en évidence les 🎁 que les fidèles avaient l’habitude de lui faire de temps en temps, afin que les donateurs eussent le plaisir de les reconnaître quand ils venaient. Aussi tâchait-elle de persuader qu’on s’en tient aux fleurs et aux 🍬, qui, du moins, se détruisent. Mais elle n’y réussissait pas, et c’était chez elle une collection de chauffe-pieds, de coussins, de pendules, de paravents, de baromètres, de potiches, dans une accumulation des redites et un disparate d’étrennes.

Projet  »Picassez-vous la tête »

De ce poste élevé, elle participait avec entrain à la conversation des fidèles et s’egayait de leurs fumisteries. Mais, depuis l’accident qui était arrivé à sa mâchoire, elle avait renoncé de pouffer effectivement et se livrait à la place à une mimique conventionnelle qui signifiait, sans fatigue et sans risques pour elle, qu’elle riait aux larmes. Telle, étourdie par la gaité des fidèles, ivre de camaraderie, de médisance et d’assentiment, Madame Verdurin, juchée sur son perchoir, pareille à un 🐦 dont on eût trempé le colifichet dans du vin chaud, sanglotait d’amabilité. » Marcel Proust (Du côté de chez Swann)

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