Étancher sa soif, rue Saint-Germain

 »-. La rue Saint-Germain-l’Auxerrois est de travers, déséquilibrée, rendue infirme par les fantaisies de successifs architectes d’autrefois. À l’une de ses extrémités, des marchés portent le trottoir en triomphe, à l’autre le théâtre du Châtelet, bien que collet monté, offre son derrière sale. Les grilles restées aux fenêtres de certains bistrots font penser à de confortables cachots. Certaines 🌃, en observant patiemment, on pourrait voir s’agripper aux barreaux les ✋ crispées des ivrognes d’antan, condamnés à revenir quémander de l’eau pure pour assécher leur soif d’enfer, là même où jadis ils vidèrent des barriques de vin. Un des rares globes lumineux allumés, 🎁 de la ville à ce chaudron d’ivrognes et de traîne-savates, éclaire une enseigne qui ferait presque sourire si on ne se sentait pas épié par Satan. -. Ici, on loue des diables à l’heure et à la journée-.

Dans la partie la plus étroite, où se coudoient les hôtels cupides, les putains grouillent sur la chaussée en tapant du pied. Elles vont, cigarette aux lèvres, seins en échantillon. Cigarettes et seins, ces enseignes escamotables des respectueuses, fières de leur antique corporation d’artisanes au point de considérer l’homme comme un client. Nous entrons dans un café, de tremblotantes griffes de néon tailladent le plafond. Au comptoir, dans un ☁️ de fumée, réplique étouffante et entêtante du brouillard de dehors, les filles gloussent à grand bruit devant les chéris racolés, que de petits verres d’alcool mettent en état d’évasion facile. » Claude Seignolle (Histoires vénéneuses)

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