Les splendeurs de la conversation

 »-. S’il fallait absolument une approbation directe, il renforçait son sourire par un rire complaisant, en ne lâchant une parole qu’à la dernière extrémité. Un tête-à-tête lui faisait éprouver le seul embarras qui compliquait sa vie végétative, il était alors obligé de chercher quelque chose dans l’immensité de son vide intérieur. La plupart du temps il se tirait de peine en reprenant les naïves coutumes de son enfance, il pensait tout haut, il vous initiait aux moindres détails de sa vie, il vous exprimait ses besoins, ses petites sensations qui, pour lui, ressemblaient à des idées.

Projet  » Picassez-vous la tête »

Il ne parlait ni de la pluie, ni du beau temps. Il ne donnait pas dans les lieux communs de la conversation par où se sauvent les imbéciles. Il s’adressait aux plus intimes intérêts de la vie. -. Par complaisance pour Madame de Bargeton, j’ai mangé ce matin du veau qu’elle aime beaucoup, et mon estomac me fait bien souffrir. Je sais cela, j’y suis toujours pris-. Ou bien. -. Je vais sonner pour demander un verre d’eau sucrée, en voulez-vous un par la même occasion ?-. Ou bien. -. Je monterai à 🐎, et j’irai voir mon beau-père-. Ces petites phrases, qui ne supportaient pas la discussion, arrachaient un oui ou un non à l’interlocuteur, et la conversation tombait à plat-. » Honoré de Balzac (Illusions perdues)

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