Les sept filles de son malheur

 »-. La 🏡 Ă©tait occupĂ©e par dix femmes, les sept filles, la mĂšre, la tante AĂŻcha, et Malika la vieille domestique. La malĂ©diction prit l’ampleur d’un malheur Ă©talĂ© dans le temps. Le pĂšre pensait qu’une fille aurait pu suffire. Sept, c’Ă©tait trop, c’Ă©tait mĂȘme tragique ! Que de fois il se remĂ©more l’histoire des Arabes d’avant l’Islam, qui enterraient leurs filles vivantes ! Comme il ne pouvait pas s’en dĂ©barrasser, il cultivait Ă  leur Ă©gard non pas de la haine, mais de l’indiffĂ©rence. Il vivait Ă  la 🏡 comme s’il n’avait pas de progĂ©niture. Il faisait tout pour les oublier, les chasser de sa vue. Par exemple, il ne les nommait jamais. La mĂšre et la tante s’en occupaient.

Lui s’isolait et il lui arrivait parfois de pleurer en silence. Il disait que son visage Ă©tait habitĂ© par la honte, que son corps Ă©tait possĂ©dĂ© par une graine maudite, et qu’il se considĂ©rait comme un Ă©poux stĂ©rile, ou un homme cĂ©libataire. Il ne se souvenait pas d’avoir posĂ© sa ✋ sur le visage d’une de ses filles. Entre lui et elles il avait Ă©levĂ© une muraille Ă©paisse. Il Ă©tait sans recours et sans joie et ne supportait plus les railleries de ses deux frĂšres. Ils jubilaient publiquement et faisaient des spĂ©culations Ă  propos de l’hĂ©ritage. Vous n’ĂȘtes pas sans savoir, ĂŽ mes amis et complices, que notre religion est impitoyable pour l’homme sans hĂ©ritier, elle le dĂ©possĂšde ou presque en faveur des frĂšres. Quant aux filles, elles reçoivent seulement le tiers de l’hĂ©ritage. » Tahar Ben Jelloum (L’enfant de sable)

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