Il s’appelait Igor Dimitrievitch

 »-. Après l’enterrement, Zenaïde Antonovna, trop vieille pour chercher une autre place, se réfugia dans une maison de retraite. Nicolas emporta chez lui tous les documents russes de son père et les rangea, sans même les regarder, au fond d’un placard. Les humbles meubles, parmi lesquels Igor Dimitrievitch avait vécu, furent dispersés aux enchères, à l’hôtel Drouot. Quant à l’appartement, qui était la propriété d’Huguette, elle le mit en vente après l’avoir fait nettoyer de fond en comble par une société spécialisée. Les clients défilaient dans les pièces nues, où seules les traces plus claires de quelques cadres sur le papier des murs témoignaient du passage en ces lieux d’un certain Igor Dimitrievitch Lébédev, émigré russe, mort à quatre-vingt-treize ans, après avoir perdu sa patrie, sa femme et un de ses fils.

Les visiteurs critiquaient la distribution des chambres, l’aménagement vétuste de la cuisine, l’exiguïté de la salle de bains, le bruit de la rue, et cherchaient à faire baisser le prix. Mais Huguette, qui avait le sens des affaires, demeurait inébranlable. Ce fut un couple de jeunes mariés qui finit par acheter l’appartement, pour la somme qu’elle avait fixée. Ils étaient enchantés de leur trouvaille. La femme attendait un bébé, ils décidèrent d’installer la nursery dans l’ancienne chambre d’Igor Dimitrievitch. » Henri Troyat (Le bruit solitaire du ❤️)

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