Par Venise, ébloui

 »-. Ce fut vers cette époque qu’on nous accorda la permission d’aller passer une journée à Venise, par petits groupes de trois ou quatre. Je m’arrangeai pour être seul et, dès que j’eus mis le pied sur la place Saint Marc, je crus que j’allais perdre la tête. Rien au monde ne m’avait paru aussi merveilleusement beau que cette ville qu’on détruira un jour, justement parce qu’elle est trop belle.

50x70cm « Ma Venise« , galerie Bons baisers de…

L’air était tiède, et je voyais tout dans le poudroiement d’un ☀️ vainqueur. De rue en rue, j’allais comme un être halluciné, tenant des doigts un plan dont je ne me servais pas, car j’aimais mieux me perdre. Et de toutes ces allées et venues, je n’ai conservé qu’un souvenir d’éblouissement. En cette journée de 1918, je m’enivrai de tout ce que voyaient mes yeux, sauf des visages, auxquels je ne prêtai nulle attention. Dans la pénombre dorée de Saint Marc, je retrouvais la ferveur d’autrefois, d’un seul coup, pour quelques minutes, mais, dehors, je me sentais rendu à la magie du monde. Le monde n’était plus ce lieu sinistre et dangereux, à Venise le monde chantait la gloire du monde, et le ❤️ n’y battait que de bonheur… Douze ans plus tard, je devais revoir Venise, mais ce n’était plus la même ville, parce que je n’étais plus la même personne. » Julien Green (Jeunes années)

Une réflexion sur “Par Venise, ébloui

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