L’enfer de Dante

 »-. Au salon, de chaque côté de la cheminée, se trouvaient deux corps de bibliothèque en bois noir, et, dans le bas de l’un d’eux, près d’une fenêtre, les livres défendus. Défendus par qui ? Par personne. Par moi-même. Étant trop grands pour être placés debout, ils étaient rangés à plat les uns sur les autres. Pour les tirer à soi, les ouvrir, les regarder, il fallait être seul, assis sur le tapis beige, les jambes croisées, circonstances sans doute trop difficiles à réunir, car je ne me souviens pas avoir fréquemment tourné les pages de ces volumes. Que je l’ai fait cependant, cela est sûr, non sans de véritables débats de conscience dont la signification m’échappait.

Triptyque 90x40cm  » La Nef des Fous », d’après Dante

Je ne savais pas contre quoi je luttais, ni si je luttais vraiment. En tout cas, c’était L‘Enfer de Dante, illustré par Gustave Doré que je regardais. Le cœur ❤️ battant à grands coups, cela je m’en souviens très distinctement, alors que je revoyais l’homme plongeant dans le Lac aux eaux noires. J’avais alors, d’une manière indescriptible, la conscience de la présence du mal. Je pouvais regarder presque sans fin. Tout mon être se réfugiait dans mes yeux. Qu’il était beau, le réprouvé ! Mais pourquoi, étant si beau, était-il en enfer ? Et l’enfer se glissait en moi. On ne pouvait contempler cette image sans souffrir d’une façon absurde. Absurde, en effet. Car enfin, qu’est-ce que je voulais ? Je n’aurais su le dire.’ ‘ Julien Green (Jeunes années)

Une réflexion sur “L’enfer de Dante

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