Le banya

 »-. Trente deux degrés sous zéro. L’hiver sibérien est pareil au plafond du Palais de glace, stérile et pur. À cinquante mètres au sud de la cabane, se dresse un banya, cabanon de cinq mètres sur cinq, chauffé par un poêle. Volodia l’a construit l’an passé. Il faut le chauffer quatre heures pour y faire monter la température à 80 degrés. Le banya, version slave du sauna, illustre le mépris des Russes pour la tempérance. Le corps oscille sans transition du 🔥 à la glace. Après vingt minutes de cuisson, je sors. Dehors, les trente degrés négatifs dissipent la chaleur accumulée. Le gel enserre nos crâne et il faut rentrer.

40x40cm « Petits matins dans la salle de bains« , galerie La meilleure façon d’habiter

En Russie, on se réfugie dans le banya une ou deux fois par semaine pour se débarrasser des scories. La chaleur presse le corps comme un 🍋. Toute rancoeur se dissout. La mauvaise graisse, la crasse et l’alcool s’exfiltrent. À six heures du soir, la tempête se lève. À poil dans mes bottes de feutre, je rentre à la cabane. Je tiens ma lampe à pétrole à la ✋. Je garde en mémoire l’histoire de ces zeks du goulag, sortis pisser une 🌃 de blizzard. Ils se perdirent et ne purent jamais regagner leur abri, on les retrouva morts au matin, à cinquante mètres des baraquements. J’avale un litre de thé brûlant. Le banya est un luxe absolu. Je suis un homme nouveau. Qu’on me donne une pelle et un foulard rouge, je bâtirai le socialisme. » Sylvain Tesson (Dans les forêts de Sibérie)

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