La cabane en formica

 »-. Je pousse la porte de la cabane. En Russie, le formica triomphe. Soixante-dix ans de matérialisme historique ont anéanti tout sens esthétique chez le Russe. D’où vient le mauvais goût ? Pourquoi y a-t-il du lino plutôt que rien ? Pendant deux jours, avec mon ami Arnaud, nous arrachons le linoléum, les toiles cirées, les bâches de polyester et les papiers en plastique qui recouvrent les murs. Au pied-de-biche, nous défonçons les coffrages de carton. Ce déshabillage met à nu les rondins perlés de résine et un parquet jaune pâle, de la couleur de la chambre de Van Gogh à Arles.

40x40cm Maison créative, poème de Mawé, galerie La meilleure façon d’habiter

Volodia nous regarde, consterné. Il ne voit pas que le bois nu, ambré, est plus beau à l’oeil que la toile cirée. Il m’écoute le lui expliquer, je suis le bourgeois défendant la supériorité du parquet sur le lino. L’esthétisme est une déviance réactionnaire. Nous avons apporté d’Irkoutsk une fenêtre de pin blond à double vitrage pour remplacer un carreau qui diffuse dans la cabane une lueur de commissariat. Pour loger l’empiècement, Volodia découpe à la tronçonneuse une ouverture dans les rondins. Il travaille nerveusement, sans répit, sans calculer les angles, corrigeant les erreurs à mesure que sa précipitation les provoque. Les Russes bâtissent toujours les choses dans l’urgence, comme si les soldats fascistes allaient débouler d’une minute à l’autre. » Sylvain Tesson (Dans les forêts de Sibérie)

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