Maléfices

 »-. Comme tous les matins, lorsque le poêle chauffe, je vais au trou d’eau creusé à trente mètres du rivage. Pendant la 🌃, la couche de glace se reforme et je dois la casser pour puiser. Je reste un moment là, debout, à regarder la taïga. Soudain, une ✋ blanche (ces eaux ont avalé tant de noyés ) jaillit par le trou pour m’agripper à la cheville. L’hallucination est fulgurante, j’ai un mouvement de recul et je lâche le pic à glace. Mon coeur cogne. Les eaux dormantes sont maléfiques.

Les lacs exhalent une atmosphère mélancolique, parce que les esprits y maraudent en vase clos, ruminant leur chagrin. Les lacs sont des caveaux. La vase y diffuse une odeur délétère, la végétation y plaque de sombres reflets. En mer, le ressac, les ultraviolets et le sel dissolvent tout mystère et la clarté l’emporte. Que s’est-il passé dans cette baie ? Y a-t-il eu un naufrage, un règlement de comptes ? Je n’ai pas l’intention de cohabiter six mois avec une âme en peine. J’en ai assez de la mienne. Je rentre dans la chaleur de la cabane, avec mes deux seaux à la ✋. Par la fenêtre, le trou à glace fait une tache noire sur la nappe livide. Un chas dangereux qui fait communiquer les mondes. » Sylvain Tesson (Dans les forêts de Sibérie)

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