La moisson

 »-. Le blé somnola tout l’hiver. Il formait de petites flammes jaunâtres, couchées comme celle des bougies quand passe un courant d’air. On trembla pour sa santé. Une récolte, c’est une récolte, on ne voulait pas de trois tiges poussées comme par hasard, comme apportées par le vent. On voulait une récolte vraie, dans laquelle les alouettes s’établissent avec confiance, des tiges aux épis chargés que le souffle de la mer balance ainsi que des encensoirs.

Projet Viens chez moi, j’habite chez une copine,  » Rustiquissime »

Mais, en mars, l’épeautre se réveilla, et désormais il ne cessa de croître. Il fut bébé, gamin, adolescent, jeune homme. Il fut adulte achevé. Il fut enfin rempli de sa maturité. Le 🌽 ne connaît pas la vieillesse, la décrépitude lui est épargné, aussitôt mûr, pour lui il est temps de mourir. Mais il faut qu’il meure de sa belle mort, non par le massacre de la grêle ou de la tempête. Dans les derniers instants de sa pousse, on tremblait encore. Enfin, il fut couché tout palpitant. Tous se rangèrent autour du champ et contemplèrent en silence la moisson étendue au ☀️, calculant qu’il avait fallu dix-huit mois pour en venir à ce point, les bras d’une douzaine de personnes, l’échine de deux bourricots et l’obstination d’un vieux bougre inusable, comme l’Irlande n’en produit qu’un petit nombre chaque siècle. » Jean Anglade ( Grand-père Samuel)

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