Le dormeur du val

 »-. De tout ce qu’il avait lu la veille, Julien ne voulait retenir que quelques vers, qu’il se répétait à mi-voix, tout en préparant sa toile. -. C’est un trou de verdure où chante une rivière Accrochant follement aux herbes des haillons D’argent…. – Tout était dessiné à l’avance, avec l’indication des couleurs et des masses. -. Pâle dans son lit vert où la lumière pleut-. Ainsi l’homme lui-même se trouvait installé dans son tableau. -. Il dort dans le ☀️, la ✋ sur sa poitrine-.

La palette était prête. Julien versa dans un godet un peu d’essence de térébenthine et d’huile de lin. Il choisit une petite brosse plate et raide qu’il trempa dans son mélange pour délayer sur sa palette un peu de peinture bleue. Il demeura un instant à fixer sa toile blanche, la ✋ en suspens, la respiration arrêtée. Puis il se mit à dessiner. Il aimait dessiner sur la toile. Aussitôt les grandes lignes tracées, il commença de PEINDRE. Il n’avait pas à hésiter, à calculer, à réfléchir. Tout était là, comme étalé devant lui. Il pouvait tout PEINDRE, le ciel, l’eau transparente, les herbes folles, les ombres et les lumières, les fleurs, les feuilles, les branches, les rochers et la terre. L’aidant encore, les vers de Rimbaud continuaient de l’habiter, conduisant sa ✋. Chaque mot correspondait à une tâche de couleur. Le visage de l’homme couché dans l’herbe était une tâche pâle. Uniquement une tâche pâle. » Bernard Clavel (Le coeur des vivants)

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