Abandonnés des hommes et de Dieu

 »-. Ce fut donc dans une France affaiblie par les guerres, la disette et la malnutrition que, arrivant d’Egypte et de Syrie, et ravageant d’abord la Sicile, la Toscane et la Provence, la peste noire s’installa dès 1348. Parce que la médecine de l’époque était aussi désarmée devant ce fléau qu’elle l’était devant la lèpre ou toute autre maladie contagieuse, la peste sévit d’un bout à l’autre du pays pendant quatre ans ! À en croire les chroniqueurs de l’époque, certaines villes, mais aussi les bourgs et les villages, virent leur population diminuer des trois quarts. Aussi, faute de bras pour les travailler, beaucoup de terres retournèrent à la friche et aux broussailles. Et la famine redevint habituelle, inexorable, mortelle, comme toujours…

Mais les paysans n’étaient pourtant pas au bout de leurs supplices. À peine les rescapés de la Grande Peste avaient-ils eu le temps de se remettre au travail, et alors qu’ils étaient de plus en plus écrasés d’impôts, des bandes de brigands et de coupe-jarrets, issues des troupes anglaises mais livrées à elles-mêmes et libres d’agir à leur guise pour se nourrir, instaurèrent, surtout en région parisienne, le pillage systématique de toute la campagne. Alors, comme nulle voix ni surtout fléau d’armes ou épée ne se levèrent parmi les seigneurs français pour protéger les paysans, ces derniers, à bout de forces, se crurent définitivement abandonnés des hommes comme de Dieu. » Claude Michelet (Histoires des paysans de France)

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