Jeu d’enfant dans la cour du lycée

 »-. Tous les jours, pendant la courte récréation de dix heures, je me promenais, rêveur, sous les hautes arcades de la galerie, et je composais des poèmes, l’air inspiré. Mais quand je voyais, sur la demi-porte des cabinets, pendre une ceinture, je ramassais, au pied d’un platane, une poignée de graviers, puis, caché derrière le tronc et risquant un œil, je lançais cette mitraille par-dessus la porte basse. On voyait aussitôt surgir un buste furibond, un vrai buste sans bras comme dans les musées, parce que la victime retenait sa culotte à deux ✋.

Dans le silence rétabli, je risquais encore une fois un œil, le buste venait de redescendre, pour l’accomplissement de la fonction interrompue. Je lançais alors, à loisir, deux autres poignées de gravier. Je savais que l’accroupi, furieux, ne reparaîtrait pas tout de suite, retenu qu’ il était par l’impérieuse nature, mais ses cris de rage retentissaient derrière la porte. Alors, je lançais la dernière poignée, composée des plus gros cailloux, mêlés à de la terre. Et je fuyais vers les arcades. Là, je feignais, à pas lents, de poursuivre ma rêverie, tout en surveillant la suite des événements… » Marcel Pagnol (Le temps des amours)

2 réflexions sur “Jeu d’enfant dans la cour du lycée

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