Le métèque

 »-. La plus belle collection privée du Gréco, cela ne lui suffit pas… Il faut encore qu’il aille disputer le Rembrandt aux musées américains. Pas mal, pour un petit va-nu-pieds de Smyrne qui volait aux étalages et vendait des cartes postales obscènes dans le port… Il est bourré de complexes, malgré les airs assurés qu’il se donne. Toute cette poursuite des chefs-d’œuvre n’est qu’un effort pour oublier ses origines-. Peut-être avait-on raison. Il y avait si longtemps qu’il s’était un peu perdu de vue – il ne savait même plus lui-même s’il pensait en turc, en anglais ou en arménien- qu’un objet d’art immuable dans son identité lui inspirait cette piété que seules peuvent éveiller dans les âmes inquiètes les certitudes absolues.

Projet Viens chez moi j’habite chez une copine

Deux 🏰 en France, les plus somptueuses demeures à New-York, un goût impeccable, les plus flatteuses décorations, un passeport britannique… Et cependant, il suffisait de cette trace d’accent chantant qu’il conservait dans les sept langues qu’il parlait couramment, et d’un physique qu’il est convenu d’appeler levantin, pour qu’on le soupconnât hanté par un obscur sentiment d’infériorité sociale. Et, parce que sa flotte marchande était aussi puissante que celle des Grecs, et que dans ses salons les Titien et les Velasquez voisinaient avec le seul Vermeer authentique, on murmurait que bientôt il serait impossible d’accrocher chez soi une toile de maître sans faire figure de parvenu. » Romain Gary (Le Faux)

2 réflexions sur “Le métèque

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