Je vous dis tu. Tu me dis vous…

 »-. Et toi, comment t’appelles-tu ?-. Au Camp, pardon, au Club, comme on nous le signalait, nous n’étions pas à l’hôtel, nous étions en famille. On nous recommandait de révéler nos prénoms, de nous tutoyer. Moi, ça me dérangeait. Chez moi, chez mes parents, à Libourne, on m’avait appris, au contraire, qu’il valait mieux dire vous. Bien sûr, Libourne était loin, le monde tournait, les us changeaient, mais enfin… Mais enfin, après tout, même si je faisais plus jeune, j’avais trente-six ans, mon mari quarante.

Projet La minute 🦋, le diable s’habille en 🦋

Il était fourreur, une belle affaire, du standing, nous habitions Passy, un quatrième étage dans un immeuble moderne, rue Raynouard. Et, le dimanche, mon mari chassait en Sologne, nous avions une fermette avec un toit en chaume tout près de sa chasse. Et, l’hiver, nous allions à Megève. Et, à Pâques, nous allions dans des camps, pardon dans des clubs. Et, l’été, en Grèce ou à Saint-Tropez. Nous n’étions pas n’importe qui, nous avions voyagé, le Canada et la Norvège à cause des fourrures, les Baléares pour le plaisir. Et j’avais des fourrures, forcément, mais aussi des bijoux et je les montrais, le soir, au bal. Dans ces conditions, pourquoi autoriser le premier venu à me dire tu. À m’appeler Malou ? -. Je m’appelle Carlos. Et toi, comment t’appelles-tu ?- » Christine de Rivoyre (Fleur d’agonie)

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