La mort de ma bien-aimée

 »-. Gilles avait parfois l’impression d’être immergé dans un bain de poix brûlante et de faire de vains efforts pour s’en dégager. Le souffle lui manquait soudain. Il quittait sa table de travail, se mettait à marcher à travers son cabinet d’une allure saccadée, comme si le mouvement pouvait le délivrer des images qui l’obsédaient et qui, de jour en jour, prenaient davantage d’intensité. Il dormait mal, se réveillait en sursaut, tâtait la place vide à côté de lui, allumait la chandelle et se mettait à fouiller rageusement la chambre dans ses coins et recoins. Comme pour retrouver sinon la présence de celle qu’il avait perdue, du moins quelque trace qui déclencherait le manège des souvenirs.

80x60cm « Adieu », collection privée

Parfois, il entrait dans de grandes colères. Il prenait son fusil et allait le décharger dans le jardin, sur tout et sur rien. Il annonçait qu’il irait un jour se poster sur la berge du fleuve et tuerait tous les Indiens qui passeraient à sa portée. Le décès de Madame Adélaïde, une semaine après le drame, ne l’avait guère affecté. Il ordonna qu’on fit des obsèques simples et rapides. Dans l’intimité. Ce n’est que lorsqu’elle fut ensevelie qu’il comprit que quelque chose d’Evelyne, la chair de cette chair, venait de disparaitre à jamais. Ce fut pour lui comme une seconde mort. » Michel Peyramaure (Louisiana)

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