L’art d’être mère

 »-. Emma, d’abord, sentit un grand étonnement, puis eût envie d’être délivrée, pour savoir quelle chose c’était d’être mère. Mais, ne pouvant faire les dépenses qu’elle voulait, avoir un berceau en nacelle avec des rideaux de soie rose et des béguins brodés, elle renonça au trousseau, dans un accès d’amertume, et le commanda d’un seul coup à une ouvrière du village, sans rien choisir ni discuter. Elle ne s’amusa donc pas à ces préparatifs où la tendresse des mère se met en appétit, et son affection, dès l’origine, en fut peut-être atténuée de quelque chose. Cependant, comme Charles, à tous les repas, parlait du marmot, bientôt elle y songea d’une façon continue.

30x40cm  »Baby-sitting  », collection privée

Elle souhaitait un fils. Il serait fort et brun, elle l’appellerait Georges, et cette idée d’avoir pour enfant un mâle était comme la revanche en espoir de toutes ses impuissances passées. Un homme, au moins, est libre. Il peut parcourir les passions et les pays, traverser les obstacles, mordre aux bonheurs les plus lointains. Mais une femme est empêchée continuellement. Inerte et flexible à la fois, elle a contre elle les mollesses de la chair avec les dépendances de la loi. Sa volonté, comme le voile de son chapeau retenu par un cordon, palpite à tous les vents. Il y a toujours quelque désir qui entraîne, quelque convenance qui retient. Elle accoucha un dimanche, vers six heures, au ☀️ levant. -. C’est une fille !-, dit Charles. Elle tourna la tête et s’évanouit. » Gustave Flaubert (Madame Bovary)

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