D’amour, tuer… et mourir

 »-. Elle ouvrit son tiroir secret, cacheta le flacon d’acide, y mit l’adresse et écrivit un autre billet, il était adressé au commissaire central. Elle sonna et le donna à un domestique. Elle écrivit, sur un troisième feuillet. -. J’aimais un homme. Pour lui, j’ai tué mon mari, pour lui j’ai tué mes enfants. Je meurs sans remords, sans espoir, mais avec des regrets -. Elle le plaça sur la cheminée. -. Encore une demi-heure, bientôt il va venir et m’emmènera au cimetière -. Elle ôta ses vêtements, et resta quelques minutes à regarder son beau corps que rien ne couvrait, à penser à toutes les voluptés qu’il avait donné et aux jouissances immenses qu’elle avait prodiguées à son amant. Quel trésor que l’amour d’une telle femme !

50x70cm  » Nana  », galerie Femmes, Femmes, Femmes

Enfin, après avoir pleuré, pensant à ses jours qui s’étaient enfui, à son bonheur, à ses rêves, à ses caprices de jeunesse, et puis encore à lui, bien longtemps. Après s’être demandé ce que c’était que la Mort, et s’être perdue dans ce gouffre sans fond de la pensée qui se ronge et se déchire de rage et d’impuissance, elle se releva tout à coup, elle prit quelques gouttes du poison qu’elle avait versées dans une tasse de vermeil. But avidement, et s’étendit, pour la dernière fois, sur ce sofa où, si souvent, elle s’était roulée dans les bras d’Ernest, dans les transports de l’amour. Quand le commissaire entra, Mazda râlait encore. Quand il s’approcha, elle était morte. » Gustave Flaubert (Passion et Vertu)

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