La pauvre vie du pauvre Quique

 »-. L’homme qui fut tuĂ© cette 🌃-lĂ , dans le Barrio Laguna, entre deux heures et trois heures du matin, Ă©tait si falot, si inconstant, qu’il semblait n’ĂȘtre que le zombie, l’ombre, le đŸ‘» de lui-mĂȘme. Il se nommait Enrique, dit Quique, et n’avait jamais trĂšs bien compris ce qu’il Ă©tait venu faire sur cette sacrĂ©e planĂšte. TouchĂ© par trois balles en pleine tĂȘte, il n’eut pas le loisir de se demander pourquoi on l’en retirait. Ce fut un accident, personne ne s’Ă©tant jamais souciĂ© de le descendre. Au barrio, on disait qu’il ne valait mĂȘme pas le coup de đŸ—Ąïž. Avec trois balles, il fut donc assassinĂ© trĂšs au-dessus de ses moyens.

30x90cm  »Le vagabond  »

Quique Ă©tait maigre, gris, mal rasĂ©, toujours vĂȘtu du mĂȘme pantalon de toile, serrĂ© Ă  la taille par une corde, de la mĂȘme chemise sale, ouverte sur une poitrine creuse oĂč poussaient comme des lichens quelques touffes de poils. Il rĂŽdait gĂ©nĂ©ralement autour des boĂźtes Ă  filles, prĂȘt Ă  rendre n’importe quel service en Ă©change d’un pourboire, d’une assiette de 🍚, d’un verre d’alcool. Fouilleur de poubelles, il Ă©tait toujours prĂȘt Ă  prendre le large pour Ă©viter les coups. Quel Ăąge avait-il ? Quarante, cinquante ans ? Lui-mĂȘme l’ignorait, n’ayant jamais Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© Ă  aucun Ă©tat civil. Sa mĂšre, qui l’avait eu d’un client de rencontre, l’abandonna sur le pavĂ© pour suivre un autre client, qui partait travailler aux mines d’or. » Jean Larteguy (Les libertadors)

2 réflexions sur “La pauvre vie du pauvre Quique

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icÎne pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte WordPress.com. DĂ©connexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Twitter. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Facebook. DĂ©connexion /  Changer )

Connexion Ă  %s