Les dîners en famille

Projet 🎏 d’avril, 🐟 sur le grill
Projet 🎏 d’avril, court-bouillon de 🐟

 »-. Il y avait le dîner en silence, réduit à une mécanique de fourchettes, et que je redoutais plus que tout. Il y avait le dîner en fanfare, un peu moins pénible, car la dispute tient moins bien que le silence et connaît des rémissions, ne serait-ce pour reprendre souffle, pour retrouver des arguments. Il y avait le dîner avec un convive invisible. Papa ignorait papa, maman ignorait papa, chacun d’eux ne daignait s’apercevoir que de ma présence. Il y avait enfin le dîner de trêve, le plus fréquent tout de même, au cours duquel, pour ménager mes nerfs et les siens, ma mère consentait à prononcer quelques phrases banales, quelques phrases de service, telles que -. Du 🍞, s’il te plaît… Tu reprends du veau ?… Passe-moi le sel… Es-tu passé chez untel ?-. Embryon de conversation qui se développait parfois jusqu’à l’échange d’une dizaine de répliques, et amenait une certaine détente. Sans quoi les habitants de la 🏡 eussent été depuis longtemps mûrs pour l’asile de fous.

30x30cm  »Charlotte vanille -fraise »
50x50cm  »Mi-truite, mi-sardine », vendu

Ce dîner avait été pire que tout autre, avait rassemblé une mère gelée, émiettant nerveusement son 🍞, ne servant même pas sa fille, un père lointain, si distrait qu’il avait salé machinalement sa compote de pommes et l’avait avalée sans sourciller. Moi, Céline, au bord des larmes, assise sur une fesse, appuyée sur un coude et chipotant vaguement dans son assiette. Les serins eux-mêmes n’avaient pas eu le droit de troubler cette méditation générale, maman était allé étendre une serviette sur la cage pour les empêcher de chanter. Quant au 🐱, qui comme tous les 🐈 avaient des antennes, il ne s’était pas senti tranquille sous le buffet, il rasait les murs en guettant le moindre bâillement de porte.

50x60cm  »Ouvrez la cage aux 🐦 », vendu
Projet Nos amies les Bêtes, C comme 🐈

Aussi, le dessert expédié, je n’éprouvais aucune envie de m’attarder à table, ni même dans la salle commune. Ces noirs silences crevaient trop souvent comme des orages après le dîner. Et j’aimais mieux mettre entre eux et moi l’épaisseur d’une cloison. Je m’étirais du bout des bras au bout des jambes, je me décrochais deux ou trois fois la mâchoire. -. Fatiguée… Je me couche-. » Hervé Bazin (L’huile sur le 🔥)

30x40cm  »Nature morte », galerie Faussaire

3 réflexions sur “Les dîners en famille

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