Sous le ciel étoilé

 »-. Le Djoulfa n’avait qu’une cheminée, mais elle fumait abondamment, saupoudrant de suie le pont fort exigu sur lequel s’ouvraient les six portes des six cabines à passagers. J’avais l’impression de voguer sur un gazogène géant. Le Djoulfa flottait d’ailleurs mal et roulait comme un fromage de Hollande, car, naviguant sur l’est, il allait à Batoum remplir les cinq cents tonnes de ses réservoirs.

50x60cm  »De la mer, rêver  », galerie Laissez-moi vous conter la mer

Le ⛵ citerne vogue sur la mer enténébrée. Enroulé dans ma couverture, seul sur le pont, je confie ma mélancolie aux 🌟 qui scintillent. Aldébaran clignote, sceptique. Sirius, indifférent, me renvoie dans la rétine son point de vue fallacieux et qui, ce soir, ne me consolera pas. Le chariot de David, figé dans son ornière éthérée, se refuse à m’emporter vers le pays de l’espoir. Je voudrais agripper la chevelure de Bérénice et m’arracher au présent pour savourer déjà les hors-d’œuvres du futur. Mais le pont du ⛵ citerne est ma prison, et Bételgeuse me nargue sur l’épaule droite d’Orion. Et l’hélice tourne. Et, demain soir, nous ferons escale à Batoum. J’oublierai mes préoccupations sentimentales. Les heures passent. Mes voisins dorment. Le second arpente la passerelle de commandement. L’écumoire de son visage grêlé m’apparaît de temps en temps dans la lueur verte du feu de tribord. Demain soir, je n’aurai plus le temps de rêver. » Maurice Debroka (La Madone des sleepings)

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