La mort du père

 »-. Mais je me rétablirai… Vaseline, trois grammes. D’ailleurs, j’ai autre chose en tête, actuellement, formidable, quel 🔥 d’artifice, la vie ! Oh, si j’avais su, si j’avais su, trop tard, trop tard. Trop tard, subissez. Un mot de moi et tout croule, liquidations. Banqueroute. Panique. Un autre mot, la confiance renaît, milliards, milliards à flots, à torrents, et moi au milieu de tout ça ! Moi avec tous ces yeux tournés vers moi, tous ces espoirs liés à moi, moi, moi. Je suis partout, je vois tout, je dirige tout. Je suis le maître, à la force des poignets, à la sueur de mon front. Le Maître !-

30x70cm  »Pater familias  », collection privée

Les paroles moururent dans une étrange plainte à peine modulée, comme lorsque l’on chante à lèvres closes, comme pour apaiser un enfant. Enfin la plainte se fit vibrante, écaillée, caverneuse. Il hoqueta dans un effort convulsif. Et la plainte reprit. -. Qu’as-tu ? Tu m’entends ?-. Et soudain je compris qu’il râlait. Une terreur éperdue me frappa. Je ne vis plus rien. Je faillis tomber. Je m’accrochai à la table. Puis, d’un bond, je fus dehors. Et là, collé au mur du couloir, les membres crispés, les yeux hors de la tête, je hurlait enfin. » Henri Troyat (Faux jour)

Une réflexion sur “La mort du père

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s