Toccata

 »-. La tour Saint Jacques a l’air d’un menhir ciselé, dressé en l’honneur des dentellières de jadis. C’est aussi la seule note claire restée d’un passé noir. Une note musicale qui doit parfois inspirer un la figé que suce le temps. Et comme si je provoquais ce son muet. Une bourrasque de Toccata déferle sur moi. Je l’entends nettement et je suis comme roulé sur place par les accords que jettent de loin, maître après Dieu, ou après 😈, les orgues de Saint-Merri, comme sans doute le la de la tour Saint-Jacques. Je parviens enfin à la rue Saint-Martin que je remonte jusqu’à l’église, accrochée à son cou telle une vieille et lourde pendeloque ternie.

Projet Viens chez moi j’habite chez une copine

Bouleversé, pensant alors voir toute la ville submergée par ce gigantesque flux d’émotions, je regarde autour de moi. Indifférent, sans tourments visibles, chaque passant se goberge dans un monde à soi, situé à cent lieues de celui de son proche voisin. Derrière moi, les pas se détachent et se calquent sur les miens, si précis, si menaçants que je cours vers le porche sauveur qui arrive sur moi tel un décor poussiéreux et comme oublié depuis des siècles dans le magasin des accessoires du grand théâtre qu’est la ville-capitale. Je pousse le battant capitonné et le referme sur moi. Tout de suite, le chant de l’orgue veut me fracasser. » Claude Seignolle (Histoires vénéneuses)

Une réflexion sur “Toccata

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